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Bilan carbone dans le tertiaire: intérêts, perspectives et actions

Interview de Patrick Zurn, responsable économique à la CVCI (Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie)

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La Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie a récemment effectué son bilan carbone en vue d’établir une stratégie de durabilité avec des actions concrètes et sur mesure à mettre en œuvre. Retour sur cet engagement avec Patrick Zurn.

Pouvez-vous présenter brièvement la CVCI ainsi que votre travail?

La CVCI, qui fête cette année ses 125 ans, est active dans les caisses sociales, les services juridiques, la certification des exportations, la conjoncture, l'innovation, la formation professionnelle, le réseautage ainsi que l'appui aux entreprises.

J’ai rejoint la CVCI en 2015 en tant que responsable économique. Mon travail consiste principalement à analyser et publier des informations en lien avec la conjoncture économique, la fiscalité, le tourisme ou encore la consommation. Nous avons établi des partenariats qui nous permettent par exemple de publier chaque trimestre des estimations du PIB vaudois. Depuis l’an dernier, je m’occupe également de tous les dossiers ayant trait à la durabilité. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup même si j’ai fait des études de management en HEC et non en environnement. Pour pallier mes lacunes dans ce domaine, j’ai par ailleurs commencé le 1er février de cette année un CAS en développement durable à l’Université de Genève.

Quelle est la place de la durabilité à la CVCI? Quelles initiatives étaient déjà adoptées avant le bilan carbone?

Plusieurs actions ont été mises en place au fil des ans mais de manière peu structurée. Il y a une dizaine d'années, nous avons par exemple fait rénover le bâtiment qui est maintenant labellisé Minergie. Nous avons également mis des éclairages LED dans tous les bureaux, installé des poubelles pour permettre le tri des déchets et mis en place des ruches sur le toit pour la biodiversité. Nous organisions aussi des séminaires sur les plans de mobilité. Finalement, nous avions entamé des réflexions pour le chauffage qui fonctionnait à l’époque au mazout. Aujourd’hui, nous sommes connectés au chauffage à distance qui émet 79% d’émissions CO2 en moins que le précédent, ce qui correspond à 13% du total de nos émissions. Nous avons ces chiffres grâce au bilan carbone fait l’an dernier et sur la base duquel nous construisons actuellement une stratégie durabilité. Nous avons passé l’été à récolter les données. C’est une tâche fastidieuse mais importante pour comprendre ce que nous consommons et surtout connaître les points à améliorer.

Pourquoi est-ce important pour la CVCI - ou pour toute autre entreprise - de définir une stratégie de durabilité? Quels sont les bénéfices attendus?

Aujourd’hui, tout le monde est obligé de se positionner sur ce sujet et c’est tant mieux. Le mouvement est en marche et les entreprises doivent le suivre pour assurer leur compétitivité. Je pense également qu’elles ont un intérêt financier à investir dans des actions durables, même s’il est difficile de calculer exactement le retour sur investissement. L'augmentation actuelle des prix de l’énergie génère un fort impact sur les entreprises, et d’autres augmentations futures sont à prévoir que ce soit à cause de tensions géopolitiques ou de changements de législations. Par conséquent, mieux vaut les anticiper et opérer rapidement des changements avant de devoir agir en urgence d’ici quelques années avec peut-être des coûts plus onéreux. Finalement, il peut y avoir aussi l'envie de participer à la transition écologique. Au niveau de notre direction, c'est en tout cas une vraie volonté et même une conviction.

Quelles sont les aides financières dont vous bénéficiez pour faire votre bilan carbone et définir votre stratégie?

La subvention étatique donnée par le SPEI (service de la promotion et de l’innovation) a été l’un des déclencheurs qui nous a décidés à mandater un bureau spécialisé pour nous aider dans cette démarche. Depuis fin 2021, ce service vaudois a un fonds qui finance jusqu’à 50% du prix d’un mandat d’accompagnement. C’est une aide financière incitative et utile, car d’après nos sondages, l’aspect financier et le manque d’expertise sont les deux principaux points qui freinent les entreprises à mettre en place des actions durables. D'où l'intérêt d’un mandat d’accompagnement subventionné.

Quels sont les points importants apparus dans votre bilan carbone auxquels vous souhaitez remédier?

Un point qui a pesé particulièrement lourd dans notre bilan carbone est la mobilité pendulaire des employé-es, c’est-à-dire leurs trajets entre leur domicile et la CVCI. C’est pour nous maintenant une priorité d’y remédier avec un plan de mobilité. Un autre point est notre consommation électrique qui est élevée. La cause est notre système de ventilation gourmand mais essentiel à notre hall sans fenêtres. Finalement, je pense que nous pouvons encore un peu améliorer le tri des déchets, notamment ceux compostables, et réduire la consommation de papier même si des efforts ont déjà été faits.

Comment voulez-vous remédier à ces points, voire à d’autres?

Nous avons organisé deux ateliers pour réfléchir très concrètement aux mesures à prendre. Ils ont réuni les membres de la direction et une dizaine de collaborateur-rices des départements événementiel, communication et logistique. Nous avons discuté de plusieurs possibilités et il nous reste maintenant à prioriser les idées et organiser leur mise en place à court, moyen et long terme.

Par ailleurs, nous avons déjà commencé à agir. D’abord, nous avons changé notre abonnement électricité et recevons maintenant de l’énergie issue du renouvelable. Nous avons également installé fin 2022 deux bornes de recharge électrique pour les véhicules et avons renforcé nos efforts pour rendre nos événements plus durables. Comme nous organisons entre huitante et cent événements par an, nous ne voulons travailler qu’avec des traiteurs et fournisseur-euses locaux-ales sensibles à l’origine des produits et à la question des déchets. De plus, nous avons accru la promotion des actions durables via nos différents canaux de communication en mettant davantage en avant des articles sur des projets durables qui sont faits ainsi que sur les aides financières à disposition des entreprises. Enfin, nous avons organisé en janvier un premier forum durabilité qui a réuni près de 150 personnes autour de six thématiques. Elles étaient présentées par des expert-es et des entreprises venues témoigner de leurs propres expériences.

Quelle est maintenant votre stratégie?

Notre stratégie n’est pas encore terminée mais nous avons plusieurs idées d’actions. Par exemple, la CVCI s’occupant de la gestion de caisses sociales, nous voulons trouver une manière d’investir dans des fonds plus durables. La pose de panneaux solaires est également une piste que nous explorons. Cependant, la priorité pour cette année est la réalisation d’un plan de mobilité clair. Actuellement, des places de parking sont mises gratuitement à la disposition des employé-es. L’idée est de les rendre payantes avec peut-être un prix préférentiel pour les véhicules électriques et de covoiturage. Mais l’objectif est surtout d’inciter les collaborateur-rices à prendre les transports en commun et pour cela nous voulons leur offrir une contribution pour l’achat d’un abonnement de transports publics. En parallèle, nous pouvons probablement encore développer le télétravail, notamment pour les personnes faisant de longs déplacements. Avant la crise sanitaire liée au COVID, nous ne pouvions télétravailler qu’un jour par semaine et c’était peu appliqué. Aujourd’hui, deux jours par semaine sont autorisés même si en moyenne les collaborateur-rices préfèrent n'en prendre qu’un. Pour donner une idée, si un jour par semaine de télétravail était effectué par tous les collaborateurs, les émissions carbone de la CVCI seraient réduites de 5%.

Comment voyez-vous l’évolution de la durabilité dans l'économie vaudoise et quel peut être le rôle de la CVCI?

A l’instar de la CVCI, les autres entreprises de services peuvent faire de gros efforts sur le périmètre 3, c’est-à-dire les émissions carbone produites indirectement par la chaîne d’approvisionnement qui comprend grossièrement les fournisseur-euses, les client-es et la mobilité des collaborateur-rices. Ce périmètre pèse très lourd dans les bilans carbone et représente même les trois-quarts du bilan de la CVCI.

Je pense que la CVCI a un devoir d’exemplarité par rapport à ses 3’300 membres. Ce sont aussi bien des petits indépendants que des grandes firmes et ils représentent presque un tiers des emplois privés du Canton. Nous devons par conséquent bien nous ancrer dans l’écosystème durable vaudois pour pouvoir les renseigner et faire office de référence. Nous avons pour cela créé une commission durabilité avec une dizaine de nos entreprises membres qui ont déjà une expertise dans ce domaine. Le but est de réfléchir ensemble aux mesures qui peuvent être mises en place. Le partage d’expérience est d’ailleurs recherché par les entreprises, car elles veulent savoir la manière dont les choses doivent être faites, leur prix et bien sûr les bénéfices à en tirer.

 

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